La Nostalgie Heureuse, Amélie Nothomb

4 septembre 2013
Amélie Nothomb

« Tout ce que l’on aime devient une fiction »

Il y a des gimmicks dans la vie qu’on se doit de respecter. Amélie Nothomb en est un. Vous savez, ce genre de rendez-vous imposé qui suscite autant d’envie que d’appréhension à l’idée de le retrouver… Parce que j’ai avalé, vers les années 2000, par gloutonnerie, tous ses romans puis que j’ai patienté fébrilement avant l’arrivée de chaque nouvel opus, le « nouveau roman » d’Amélie Nothomb me fait toujours l’effet de joyeuses retrouvailles. Mais par peur d’être déçue & par crainte de la fameuse lassitude qui pointe, il me tiraille autant qu’il m’attire.

Et j’ai aimé.

Les rigoristes du genre Nothomb l’auront remarqué, la 4ème de couverture est toujours minimaliste, allant jusqu’à condenser l’histoire du roman en une sobre phrase somme toute énigmatique et pourtant si révélatrice…

… « Tout ce que l’on aime devient une fiction » Contactée par une équipe de journalistes de France 5 voulant réaliser un documentaire sur elle, Amélie Nothomb accepte de retourner au Japon, le pays où elle a vécu ses premières années. Elle y retrouvera certains piliers de sa jeunesse comme sa nounou ou bien son fiancé Rinri & devra surtout faire face à ce que deviennent les souvenirs…

Si le personnage public, toute de noir vêtue, chapeautée et le verbe quasi arrogant m’irrite parfois, j’avoue oublier tout mon agacement lorsque je lis la plume d’Amélie Nothomb. Le 2d voire le 3ème, que dis-je, le 1000ème degré utilisé, l’humour et le panache déployé dans son écriture me séduisent au plus haut point. Comme dans beaucoup de ses romans, « La Nostalgie Heureuse » puise son inspiration dans le quotidien de l’auteure. Grâce à sa vie ultra médiatisée, elle saisit la chance de retourner dans le pays où tous ses premiers souvenirs se sont forgés, là où elle a dû grandir et construire les bases de son identité : le Japon. L’on se souvient aussitôt avec joie de sa Métaphysique des tubes, peut-être un de mes préférés parmi les 22 romans édités de A. Nothomb. Elle nous y parlait de ces fameuses trois années japonaises où elle naquit, se comparant à un simple tube digestif sans parole, objet de toutes les convoitises, de ses parents et des autres, ce qui lui fit automatiquement penser qu’elle devait être Dieu…puis vinrent les amours du Japon, l’eau, les paysages, sa nounou adorée Nishio-San, la terreur des carpes… Depuis, au fil de ses romans, Amélie N. s’est aussi plongée dans d’autres histoires que la sienne (quoique…), parfois aux limites de la philosophie, toujours avec acuité et un brin de férocité mais l’on se remémorera forcément plus facilement ses romans aux penchants autobiographiques à la lecture de ce dernier opus. Le sabotage amoureux, lors de son emménagement en Chine (son père est ambassadeur de Belgique) alors qu’elle avait 7 ans et surtout le plus connu Stupeurs et tremblements, où elle avait tenté de repartir vivre au Japon, et y travailler. Son analyse de la société et des conditions de travail ont été couronnées de succès en occident tandis qu’au japon, on décidait de ne plus éditer les romans de A. Nothomb, la faute à l’outrage subit.

Forcément, ce sont tous ces précédents ouvrages qui se reflètent dans ce dernier opus. Et si « La Nostalgie Heureuse » enchantera les habitués de l’auteure, heureux de faire un voyage dans le temps des souvenirs, il désorientera peut-être les nouveaux lecteurs…  Pour ma part, j’étais presque aussi anxieuse que A. Nothomb de retourner au Japon.  Et pour cause, la confrontation de paysages désormais détruits à cause de violents séismes, laissent la mémoire seule maîtresse des souvenirs, allant jusqu’à faire douter de leur véracité. Car si les souvenirs ne peuvent plus trouver leur racine dans la réalité, ont-ils vraiment existé ? Les rencontres avec des personnes qui ont été chères à une époque de la vie sont elles-aussi sources d’inquiétudes, et de constater que chacun évolue, de son côté, laissant un fossé (sans fond) entre les êtres…

Le tout sous l’objectif de la caméra. Car ce qui est intéressant dans ce livre, c’est la réaction, toujours en strates, de l’auteure. C’est qu’elle a une plume très particulière et ce n’est pas parce qu’elle s’oublie aux souvenirs qu’elle en perd son humour corrosif ! Se jouant parfois des codes télégéniques si attendus , elle impose encore toujours un peu plus son pittoresque personnage grâce à un ton ultra perspicace & toujours alambiqué. Ce qui fait son charme.

Pour ma part, je ressors de ce livre comme ayant ouvert une fenêtre sur de vieux souvenirs de lecture. On guette la mélancolie qui pointe mais on retiendra surtout que la nostalgie, au Japon, a toujours une connotation heureuse…

 

la nostalgie heureuse, Amélie Nothomb

la nostalgie heureuse, Amélie Nothomb

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6 Comments

  • Reply pausezvous 19 avril 2014 at 5 h 17 min

    Super critique ! Ton analyse est très intéressante, on voit que tu l’as lu et que tu la connais un peu plus que moi en effet. Faut vraiment que je lise la Métaphysique des tubes. A bientôt sur PauseThé 🙂

    • Reply Laura 19 avril 2014 at 8 h 09 min

      Merci Mathilde ! Et oui je te recommande VRAIMENT la métaphysique des tubes si tu aimes Nothomb !

  • Reply manu1407 16 septembre 2013 at 9 h 42 min

    Merci pour cet article!
    Inconditionnelle d’Amélie Nothomb j’ai hâte de me plonger dans ce dernier opus….

    • Reply Laura 16 septembre 2013 at 11 h 59 min

      Les inconditionnel(le)s s’y retrouveront forcément ! 😉 Bonne lecture !

  • Reply Emilie 4 septembre 2013 at 17 h 22 min

    Un livre à lire 🙂

    • Reply Laura 16 septembre 2013 at 11 h 59 min

      Si tu le lis, n’hésite pas à me dire ce que tu en as pensé !

    Laissez moi un petit mot !