Esperluette ferme ses portes

12 juillet 2018
Bilan de la fermeture du eshop déco Esperluette

Fermer boutique, est-ce un échec professionnel ?

De l’art d’aborder le bilan d’un échec professionnel ou comment trouver les mots pour expliquer ses erreurs… A vrai dire, l’expérience est assez ardue. Mais je dois le faire, pour vous, pour moi, pour tourner véritablement la page, pour que d’autres puissent éviter ces erreurs aussi.

Cela fait maintenant un moment que je tourne autour de cet article sans trouver les premiers mots. Mais voilà, j’ai marqué sur ma liste « écrire l’article du bilan Esperluette » et ça fait maintenant trop longtemps que je l’évite. L’article va peut-être être un peu décousu & je vais donc commencer par vos réactions, vos soutiens à l’annonce de la fermeture, qui ont été assez exceptionnels. En fait, j’étais un peu dans un tunnel sombre depuis un moment, redoutant cette fameuse décision de fermeture. Et si il y avait bien une chose que je redoutais, c’était vous annoncer que je fermais les portes du projet Esperluette & qu’il n’y ait pas de répondant, comme si ça passait totalement inaperçu. Quelle angoisse. Mais voilà, j’ai reçu de nombreux messages de soutien très touchants. Du coup, j’ai aussi été amenée à parler, à mettre des mots sur mon échec. Vous avez déjà commencé à panser la blessure en quelque sorte…c’est pourquoi je tenais à vous remercier.

 Je vais donc vous conter une jolie histoire, celle d’Esperluette.

Pour ceux qui me connaissent mal, je m’appelle Laura, j’ai bientôt 33 ans, je suis maman d’une petite Louise & j’aime les jolis objets. J’ai décidé de changer de vie professionnelle en 2014. J’ai quitté les relations avec les publics & la médiation culturelle pour créer mon propre emploi, et mettre en valeur de petits créateurs afin de raconter leurs histoires. Le projet Esperluette est né. 

Esperluette est un eshop où j’ai eu à coeur de vous proposer une sélection de petite décoration pour embellir le quotidien, et rendre vos intérieurs encore plus cocoons. Quelques grandes marques comme House Doctor ou Madam Stoltz mais aussi et surtout de petits créateurs, toujours des coups de coeur. Les doudous des lyonnais Main Sauvage, les bougies fabriquées entièrement à la main dans le sud de la France de Minette à Bicyclette ou de Candlebox Provence, les illustrations colorées de Michelle Carlslund, les chats d’Audrey Jeanne, les affiches de L’Encrerie Marine ou les désormais incontournables cadres tambour à messages de Silly & Billy. 

Esperluette, c’était aussi la volonté de créer des collaborations avec des créateurs. La première fut une illustration créée aux côtés de la danoise Michelle Carlslund. La seconde une affiche au doux message calligraphié en or rose, en partenariat avec la jeune lyonnaise Marine Coudray de l’Encrerie Marine. La dernière est une bougie à la fleur d’Oranger, un parfum qui m’est si cher, conçue par Emmanuelle dans le petit atelier de Minette à Bicyclette.

Enfin, Esperluette c’est et cela restera également un blog où retrouver des rencontres avec les créateurs, des recettes ainsi que mes retours de voyages en photos…

Esperluette, du blog à la boutique

J’ai donc créé le shop alors que je tenais depuis plusieurs années le blog Esperluette. Même si je sais que le blog ne détenait pas des records d’audience, il avait tout de même un lectorat régulier et engagé. Je crois les avoir embarqués (peut-être êtes-vous toujours là à me lire) dans mon aventure et assurément, cela m’a permis de décoller vite et de façon très qualitative.

Le bouche à oreille a largement fonctionné, la sélection des objets, l’attention que j’ai porté à préparer les colis, avec à chaque fois une jolie carte exclusive et un petit bonbon en cadeau, un mot écrit à la main…ont largement conquis vos petits coeurs guimauves, qui me l’ont rendu au centuple.

Les relations que j’avais pu nouer avec des blogueurs/blogueuses m’ont aussi très largement portée, assurant une communication efficace et surtout très engagée. Les blogs sont aujourd’hui parfois décriés, accusés d’être des vitrines de marque. Je reste pour ma part une fervente lectrice de blogs & je pars du principe que le lecteur n’est pas totalement débile, en tout cas, pas plus que devant une publicité encartée dans le dernier magazine ou devant un spot publicitaire aux allures de clip. Et puis comme pour tout dans la vie, il faut aussi savoir faire son tri & garder ceux qui nous touchent, qui ont un propos qui nous parle.

J’ai pour ma part fait de merveilleuses rencontres via la blogosphère que je compte faire perdurer ! Vive les blogs !

Être maman & entrepreneure

Pour ainsi dire, c’est là que les choses se compliquent. Cette période de ma vie fut atrocement conflictuelle. Les montagnes russes des émotions. Presque la veille de mon accouchement, l’ascension d’Esperluette était parfaite, me permettant même de me dégager un micro salaire. Attention, entendons-nous, moins d’un smic hein…mais qui laissait présager un futur plus confortable.

Mais voilà, plusieurs problèmes inattendus sont venus comme des petits cailloux enrayer le développement d’Esperluette. Là, je vais être obligée de rentrer dans quelques détails personnels mais vous le comprendrez bien vite, ils sont nécessaires pour comprendre la lente dégringolade.

Nous avons donc appris au début de ma grossesse que notre propriétaire reprenait l’appartement dans lequel nous étions alors, et que nous aimions énormément. S’en est suivi une année durant laquelle nous avons enchaîné des dizaines de visites d’appartements, d’abord le ventre rond puis très lourd, et enfin avec un petit bébé. Rien n’y a fait. Un dossier d’un couple avec un intermittent et une indépendante ne passe pas à Paris même si les revenus suivent… Le coeur lourd, écoeurés, nous avons même échoué un bon mois chez mes parents avant de se replier sur une banlieue bien connue de notre enfance, Saint Germain en Laye. A contrecoeur. Passons sur les problèmes comme les coupures d’eau intempestives qui nous ont bouffé l’énergie pendant plus d’un an, des travaux à n’en plus finir chez nous puis sous nos fenêtres, mes migraines revenues en force dès la fin de grossesse…je continue la liste ? En l’écrivant là, je me rends compte à quel point ces moments ont été denses pour notre famille.

Inutile de vous préciser que pendant toute cette période, nous n’avons pas eu de mode de garde pour notre petite Louise, que j’ai gardée avec moi ! Une chance dont j’ai essayé de profiter le plus possible en me répétant que je ne loupais même pas un millimètre de chouïa de cheveux qui poussait mais impossible hélas, de ne pas remarquer qu’en parallèle, le temps manquant inexorablement, l’activité d’Esperluette dégringolait… Petit détail qui a aussi son importance, #vismaviedefemmedintermittent, quand ton conjoint a des périodes de travail aux horaires dépassant l’entendement (fallait bien compenser aussi ma baisse de CA…), sans mode de garde & avec une petite souris qui n’aime pas tant que ça les siestes, ton travail devient vite une activité menée par à-coups au moment où on peut, à fortiori de moins en moins rentable… J’avoue m’être sentie très seule par moment, très fatiguée aussi, souvent envahie d’un sentiment de culpabilité d’avoir initié ce projet qui s’embourbait faute de temps à lui accorder. L’immense joie de devenir maman, un tsunami en soi, vivre un des moments les plus merveilleux de ma vie – si ce n’est LE plus merveilleux – et tout ça dans une cacophonie sentimentale et psychologique. Je crois n’apprendre rien à personne en disant que le moral qui part en vrille n’aide aucun entrepreneur.

Des erreurs tactiques

En regardant mon parcours à postériori, il m’apparaît plus que chaotique & je suis persuadée que ce sont ces épreuves personnelles qui ont largement affecté la vie de mon projet pro. Cependant, il y a aussi des choix tactiques que je ne referais certainement pas :

  • le choix du statut d’auto entrepreneur, parfait pour les frileux comme moi, vraiment idéal pour sa simplicité, et encore plus quand on a débloqué l’aide de l’ACCRE qui réduit considérablement les charges mais pas forcément une bonne idée : impossibilité de défalquer ses charges, un chiffre d’affaires qui ne correspond en rien à notre rémunération et qui pèse lourd sur les impôts, et enfin ce trop peu de séparation entre le pro et le perso, qui peut en cas de difficultés, peser sur le moral. Je reste donc dubitative sur ce statut.
  • créer son entreprise en fin d’année. Alors ça, ça m’est retombé sur le coin du nez quand j’ai voulu prétendre au congé maternité des auto-entrepreneurs. Depuis 2016, la loi s’est durcie est il y a un montant minimum moyen de chiffre d’affaire à remplir pour y avoir droit. Je dis bien « moyen » car il s’agit d’une moyenne faite depuis la création d’entreprise. J’ai ouvert le shop en décembre 2014. Si on ne compte pas les revenus de 2014, j’y avait très largement droit. Mais impossible d’y couper, mes revenus de 2014 (l’équivalent d’un mois de début d’activité) ont compté pour toute l’année 2014, faisant chuter ma moyenne… Allez, hop, sous le nez ton congé maternité. Réduit à 10% du montant global. A ce moment, je crois que j’ai vraiment eu l’impression d’être complètement inconsidérée dans la société active. Ca a été une épreuve dégradante vis à vis de mon travail qui n’a fait qu’augmenter le sentiment d’imposture…Bref. Créez votre boîte en début d’année.
  • la trésorerie sous-estimée. Une des conséquences directes qui se ressent très vite quand on accumule les imprévus comme ça, c’est le manque de trésorerie. Un CA ralenti, des aides sur lesquelles on ne peut pas compter et la trésorerie s’amenuise. Sans trésorerie suffisante, on ne peut pas rebondir comme on le voudrait. Et le projet s’appauvrit (peu de renouvellement de stock, pas de budget communication…)
  • ne pas m’entourer d’un réseau. Travailler seule, en soi, ne me pose pas forcément de problème. Je suis assez autonome et je n’ai jamais eu besoin de coup de pression pour me mettre à travailler. Cependant, j’ai clairement manqué de synergie avec d’autres personnes pour faire évoluer mon projet. Si c’était à refaire, je crois que l’association rend vraiment plus fort. Avoir un/une associé(e) ou s’entourer d’entrepreneurs du même secteur, c’est assurément un énorme plus. Par exemple, j’ai adhéré il y a peu à des groupes de femmes entrepreneurs comme Co-Women par exemple, et je m’en veux vraiment de ne pas avoir été plus alerte sur ce genre de groupes au moment du lancement d’Esperluette.
Le manque de confiance en soi, cet ennemi sournois

Pendant cette période de doutes, loin de mon travail, je suis restée très connectée, en particulier sur Instagram. Afin de maintenir cette relation privilégiée avec vous, la communauté qui soutient mon travail. Et du coup, j’ai aussi suivi les projets d’autres personnes se former, de beaux projets mûrir, la concurrence s’accroître… avec ce sentiment qu’on ne pourra jamais les rattraper.

J’y viens donc… à cette importance d’Instagram qui est à la fois un formidable vecteur de communication pour se faire connaître et rencontrer ses clients, développer une relation privilégiée nécessaire à la motivation et au bon déroulé du shop …mais aussi une source énorme de frustration et le reflet un peu travaillé (et hypocrite ?) de fausses situations. Je ne tire sur personne, je suis la première à entretenir un compte où je mets en avant du positif, de belles photos travaillées. Mais le tiraillement entre compte pro & la nécessité de livrer du personnel, la volonté de donner les coulisses et pas forcément envie d’avouer nos faiblesses sont des conflits qui sont parfois pesants. D’autant plus quand on travaille seule et qu’il n’y a personne à côté pour se rassurer mutuellement & rebondir ensemble.

Du positif

Bon, allez, je ne vais pas terminer sans un chapitre très positif !

Si aujourd’hui je suis désespérément frustrée d’avoir échoué, je sais aussi que dans quelques temps je n’en verrais plus que du positif. Pour l’instant, à chaud, je garderais parmi mes meilleurs souvenirs :

  • le merveilleux soutien que vous m’avez donné, en passant commande, en me laissant un petit message, un like, un coucou par ci, par là  etc…
  • les liens tissés avec des créateurs talentueux et la joie que j’ai eu à défendre leur travail
  • la pratique de la photo que j’ai pu développer, perfectionner quotidiennement
  • les collab’ que j’ai tout de même eu le temps de mettre en place pour Esperluette
  • les rencontres avec les blogueurs/blogueuses, instagrameurs/instagrameuses, des personnes passionnées
  • la joie d’ouvrir et déballer les nouveaux objets pour le shop
  • la grande liberté d’avoir pu me construire un job sur mesure, adapté à ma personnalité
  • comme tout problème a sa dualité… la relation privilégiée que j’ai pu construire avec ma fille, en restant auprès d’elle autant de temps ! Je suis consciente que j’ai eu une chance folle de pouvoir être autant près d’elle pendant ces deux premières années. J’en ai bien profité de ma mini tornade, mon pti crapaud, ma Louise.
  • l’immense soutien de mon conjoint et de ma famille, mes amis, c’est primordial pour monter un projet !

En attendant de nouvelles aventures, tout doit disparaître sur le site, n’hésitez pas à partager autour de vous. Moins il me restera de stock, mieux je repartirai vers d’autres projets… Avec le code BYEBYE vous avez -15% supplémentaires en mettant au minimum un article soldé dans votre panier (valable en France).

Merci à vous toutes & tous d’avoir porté le projet Esperluette avec moi, vous avez été merveilleusement merveilleux.

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2 Comments

  • Reply Charlene 12 juillet 2018 at 16 h 42 min

    Bravo pour ton article!!
    C’est super ce que tu as fait, l’aventure comme le bilan!!

  • Reply floriane vuillemin 12 juillet 2018 at 12 h 01 min

    Très belle article remplie de sincérité. Il y a toujours du positif à tirer de toute expérience. Tu peux être fier de tout ce que tu as reussi à construire malgré toutes les difficultés qui se sont misent sur ta route. Ne doute jamais de ton talent Laura, tu en as tellement. Je suis sur que tu vas vite rebondir et te reconstruire un belle avenir professionnel.
    A très vite.

  • C'est ici qu'on papote !