Le loup de Wall Street, Martin Scorsese

Attention, chien méchant.

Adaptation du livre autobiographique de Jordan Belfort, histoire d’une ascension plus que vertigineuse d’un jeune trader au coeur de Wall Street, à coup d’idées folles pour gains immédiats, sex & drugs en plus. Et de sa chute…

La folie entre Scorsese et DiCaprio a du bon. C’est qu’ils aiment affronter ensemble des personnages carrément névrosés : le toqué Howard Hughes dans Aviator, la psychose des Infiltrés, ou le très dérangé US Marshal de Shutter IslandLe loup de Wall Street n’échappe pas à la règle et plus que jamais, le duo touche du doigt un matériau plus que sensible. De la démence pure. Frénétique et déraisonnée. Un loup méchant et répugnant, terriblement fascinant…

Jordan Belfort cumule les addictions. Argent, drogue, sexe, appât de la magouille et du paraître, tout est dans l’excès, le grand, le faste. Alors, il fallait bien 3h de film pour nous immerger dans cette décadence. Pas moins. Evitez de boire deux verres comme moi avant la séance, vous les regretterez et votre vessie pour le rappellera. Si on oublie par contre cette vessie trop remplie, pas de longueurs au film. Ou du moins sont elles assumées. On aime se perdre aux côtés de cet homme, 3/4 monstre détestable et le reste en phénomène fascinant de démesure. Leonardo Di Caprio continue sa recherche de l’homme abject avec somptuosité. Il explose, exulte, emplit l’écran et ne recule devant rien. Son personnage est tour à tour grandiose puis pitoyable et lâche. On l’avait vu roublard et méprisable en propriétaire terrien dans le magnifique Django Unchained de Quentin Tarantino, il continue d’étoffer sa galerie de portraits pas vraiment honorables avec Jordan Belfort. Du Tarantino, on sent qu’il a gardé la verve des dialogues bien balancés. Et la volonté de pousser son interprétation loin.

Sa meilleure amie dans le Loup de Wall street ? La drogue. Elle joue un rôle crucial, en exacerbant à outrance les échanges, parfois franchement désopilants ; en accentuant la frénésie du jeu des chiffres et du gain généré par les traders ; mais aussi en allant jusqu’à changer notre perception des choses. Car toujours aussi inventif, Scorsese joue avec nos sens comme avec ceux de son personnage. Enivré par la drogue,sa réalité est fantasmée. Si on s’en aperçoit bien avec la scène complètement dingue de la prise de « Lemmons », drogue ultra puissante ; c’est plus insidieusement que le réalisateur s’amuse à nous troubler sur de courts détails tout au long du film, en nous demandant alors « qui de toi ou de Jordan Belfort voit cette scène ainsi ? »… Puissant on nous avait dit, promesse tenue ! C’est d’ailleurs tout en métaphore que le film se déploie, sous l’emprise de la poudre blanche, dressant ses traders comme des chiens fous avides de fric, Jordan Belfort en tête de file des ignobles malfrats qui détrousse les portes monnaies ! Le regard de Scorsese est dur, il maltraite son personnage comme il ne l’avait encore presque jamais fait à ses bandits précédents. Le loup de Wall Street est impitoyable, assujetti à l’argent et au profit. Malgré une sympathie habilement menée pour son personnage, Scorsese le méprise autant qu’il l’admire. La réalisation est léchée, chronométrée, rythmée.

Enfin, mention spéciale pour les acolytes de Belfort qui entourent le loup comme une géniale meute. Les seconds rôles sont vraiment écrits et denses. Mille applaudissements entre autres à Matthew McConaughey qui m’a sidérée avec sa (trop) courte apparition en début de film pour délivrer les conseils de réussite au futur loup de Wall Street, tandis que Jonah Hill se fait remarquer, lui, (et ce n’était pas chose facile) en jouant le meilleur pote et grand associé de Jordan Belfort. Devant la démesure de Di Caprio, il fallait le faire. C’est fait.

Et le loup a hurlé haut et fort : ce dimanche auront lieu la cérémonie des Golden Globes 2014 qui a d’ores et déjà nominé le film dans la catégorie Meilleur film de Comédie & Leonardo Di Caprio dans la catégorie Meilleur Acteur dans une Comédie… Suspense.

Long rail de coke, 3h de démence, shoot réussi. 

 

Le loup de Wall Street, Martin Scorsese leonardo di caprio

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Le site officiel du Loup de Wall Street

La page facebook du Loup de Wall Street

Vous aimerez peut-être l’avis d’Esperluette sur Shutter Island ou celui de Django Unchained !

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10 réponses sur “Le loup de Wall Street, Martin Scorsese”

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