Have you met… Romain, truquiste ?

30 décembre 2013
Rencontres culture Esperluette

… & Méliès moderne.

Nouveau chapitre des rencontres que je vous propose, avec toujours plus de personnes toquées de culture ! Après un toqué de musique -Fresh Radio- et une merveilleuse amoureuse de petits créateurs -Cosi Loti-, cette fois, je vous invite à découvrir non moins que mon cher et tendre, -oui, pourquoi aller plus loin lorsqu’on trouve de quoi interviewer chez sa moitié-, truquiste de ses petites mains. Pour moi, truquiste, ça m’a tout de suite évoqué mes études de cinéma et les premiers « trucs » de Georges Méliès, ce génial inventeur des effets de science fiction. Ce réalisateur français, en plus de créer le premier studio de cinéma, a poussé le cinéma vers la fiction puis s’est laissé aller à son imagination en créant de stupéfiants trucages. Le grossissement, les surimpressions, les fondus ou les effets de magie grâce à l’arrêt de la caméra sont comme les effets préhistoriques des meilleurs films de science fiction d’aujourd’hui ! Son chef d’oeuvre le plus important et le plus connu reste bien évidemment Voyage dans la Lune, réalisé en 1902, que vous pouvez voir ici restauré dans sa version couleur par la société Lobster. La chance ! Bref, tout cela pour dire que le truquiste d’aujourd’hui hérite d’un passé plus que prestigieux !

Voyage dans la Lune de Georges Méliès

Voyage dans la Lune de Georges Méliès

 

Bonjour Romain, alors comme ça tu es truquiste ? C’est pas banal ça hein !

Oui je suis truquiste. J’espère que ça t’impressionne ! En fait, je travaille dans les régies de télévision aux côtés du réalisateur et je m’occupe des effets vidéos.

En deux mots, tu fais des trucs ?

Oui même si aujourd’hui on parle de trucages. Mais c’est effectivement la même origine. Mes « trucs », je les fais grâce à un mélangeur. C’est une machine qui regroupe toutes les sources vidéos (Caméras, serveurs, synthés, sources duplex, etc…) et qui possèdent plusieurs sorties dont la sortie principale (appelée PGM) correspond à la commutation du réalisateur. Je m’occupe donc de configurer le mélangeur en fonction de l’émission, de préparer les effets vidéos (fond vert pour météo, divers effets de fenêtrages,etc…), de gérer tous les départs vidéos sur un plateau (pour l’antenne, pour les présentateurs ou pour le public). Le métier de truquiste fait aussi le lien entre le côté « technique » et le côte « artistique ». Il faut avoir une bonne base de connaissances techniques, une certaine part de créativité et un « oeil artistique ».

 

Mélangeur Kahuna, Réalisation et Trucage

Mélangeur Kahuna

 

Quelle a été ta formation ?

Après un Bac Scientifique, j’ai passé un BTS Métiers de l’Audiovisuel option Technique d’Ingénierie et Exploitation des Equipements (TIEE) au lycée Jacques Prévert de Boulogne-Billancourt. C’est une option au nom un peu « barbare » mais c’est la seule option qui forme à tous les métiers de la télévision (avec une forte dominante de vidéo) et qui permet surtout de trouver un emploi après l’obtention du diplôme. Il est aussi possible de continuer vers une licence avec des profils plus techniques.

Penses tu que c’était le meilleur chemin pour y arriver ? Quels sont tes conseils pour devenir truquiste ?

Quand je fais une rétrospective de mon parcours, je pense qu’effectivement c’était le meilleur chemin. Même si il est vrai que je ne me destinais pas forcément à devenir truquiste à la fin de mes études, c’est elles qui m’ont aidées à réussir dans le trucage.Le premier conseil que je pourrais donner, c’est de commencer par faire un BTS pour acquérir les bases techniques. Ensuite, je pense que le métier de truquiste doit être vu comme un aboutissement. Comprendre le fonctionnement global d’une régie et être passé par d’autres postes, comme je l’ai fait, permet de mieux aborder le travail. L’autre conseil que je pourrais donner pour réussir dans le truquage, c’est l’importance d’avoir un réseau. Un réseau qui se crée avec les anciennes promotions de BTS et au fil des expériences professionnelles et des rencontres. D’où l’importance d’être passé par d’autres postes au sein de la régie selon moi. Après il faut bien sûr savoir cultiver son réseau. Enfin le dernier conseil, de manière plus globale, je dirais qu’il faut savoir écouter les « anciens ».

Les 3 qualités d’un truquiste selon toi ?

La première qualité d’un truquiste est l’organisation. Un mélangeur n’est pas simple d’exploitation et donc une bonne organisation est primordiale pour s’y retrouver, ce qui rendra notre tâche beaucoup plus simple pendant l’émission. Il faut aussi savoir différencier ce qui est le plus important.La deuxième qualité serait la capacité à gérer le stress. Faire une émission en direct amène beaucoup de stress dans une régie (notamment par les personnes de la production). Gérer son stress est la première étape d’un bon travail. Et en même temps avoir un peu de pression est une des motivations de notre travail.Selon moi, la troisième qualité à avoir serait le calme. En tout cas, c’est une caractéristique personnelle que bon nombre de réalisateurs apprécient. Donc je pense que ça en fait une qualité.

Peux tu te remémorer avec nous un de tes meilleurs moments en tant que truquiste ?

J’ai commencé le trucage dans une chaîne d’informations en continu. Alors les meilleurs moments peuvent être des moments tragiques comme le tsunami japonais et Fukushima ou le tremblement de terre à Haïti mais aussi des moments plus sympathiques comme des libérations d’otages ou des célébrations sportives. Un moment marquant a été la couverture des élections américaines de 2008 pendant toute une nuit qui aboutira à l’élection de Barack Obama.Faire le Journal Télévisé de 13h et 20h ou mon premier TéléFoot (émission que j’ai regardé plus jeune) sur TF1 ont compté pour moi. Mais je retiendrais surtout la venue de DSK sur le 20h pour s’expliquer ou le TéléFoot en hommage à Thierry Roland. Et j’espère que le meilleur reste à venir…

As tu une journée type ?

Du fait de l’intermittence, je n’ai pas vraiment de journée type. Ma journée dépend du tournage et des horaires de celui ci.Lors d’une émission en direct, on sait quand on commence mais aussi l’heure approximative à laquelle on finit. Mais lors d’un tournage enregistré, si le PAT (Prêt à Tourner) est souvent respecté, l’heure de fin de tournage est souvent variable. En enregistrement, on peut refaire certaines séquences pour quelles soient parfaites. Et des fois, ça peut prendre du temps.En général, le temps de préparation d’une émission en direct est d’environ 2h ou 3h avant le début de l’émission. Pour une émission enregistrée, cela peut varier de 1h avant le PAT jusqu’à 8h avant. En tout cas je parle pour mon expérience personnelle.Pour les grands événements, il faut prévoir un ou plusieurs jours de préparation.

En tant que truquiste, est-on forcément intermittent ou est ce un choix ?

Pendant mes études, je ne m’étais jamais imaginé devenir un intermittent du spectacle. Mais mon parcours professionnel m’a conduit à découvrir « le travail à la pige » en complément de mon CDI à temps partiel. Je profitais des avantages de travailler en CDI dans une entreprises (CE, mutuelle, primes, etc…) et aussi d’une sécurité financière tout en profitant de la liberté de pouvoir travailler ailleurs et ainsi diversifier mon travail et mes compétences.Puis l’intermittence est devenue un choix lorsque j’ai démissionné. A l’époque je n’avais que 2 employeurs et je n’ai quasiment pas travaillé pendant 4 mois (seulement 6 piges). Depuis j’ai 3 employeurs principaux qui m’assurent 15/20 dates par mois. Mais sur l’année, j’ai eu 5 employeurs différents et le Pôle Emploi qui me paye les jours non travaillés. Mais je vous rassure, c’est largement plus avantageux de travailler !

Peux tu nous expliquer de façon concise, car je sais que le sujet est bien vaste, ce qu’est l’intermittence ?

L’intermittence c’est un statut. Pour l’obtenir, en tant que technicien, je dois valider 507 heures de travail en 304 jours. Pour les artistes, la période est légèrement plus longue (319 jours). Ce statut ouvre le droit à 243 jours de rémunération du Pôle Emploi lors des jours non travaillés. Mais il y a autant d’intermittence qu’il y a de métiers ! Pour un artiste, les périodes chômées sont plus longues qu’un technicien et entre techniciens, la difficulté de trouver du travail n’est pas la même non plus. Par exemple, il y a beaucoup plus de monteurs que de truquistes sur le marché de l’audiovisuel. Régulièrement, le système de l’intermittence est critiquée et la réglementation remise en question.

Et au quotidien, l’intermittence ça implique…

L’intermittence implique d’avoir plusieurs employeurs et de jongler avec le planning des différents employeurs et son planning personnel. Chaque employeur a ses spécificités par rapport au planning. Certains employeurs préfèrent faire leur planning sur des périodes de 2/3 mois et d’autres préfèrent te demander tes disponibilités le 15 du mois pour le mois d’après et te donnent tes dates entre le 20 et le 30 du mois. Après il y a toujours des ajustements au cours du mois en fonction des urgences (ajout de tournage, modification d’horaire ou absence de personnel).

L’outil dont tu ne peux pas te passer au travail ?

Dans le travail, j’ai forcément besoin d’un mélangeur. Sur certaines émissions que je fais peu souvent ou qui peuvent être compliquées, j’ai aussi besoin de mes notes personnelles. Donc j’ai besoin de mon iPhone, iPad ou Mac Book Pro. Oui je suis un Apple maniac qui a besoin d’être connecté, même au travail.

 

Mélangeur Kahuna réalisation trucage

Mélangeur Kahuna

 

Une indiscrétion sur le PAF ?

J’en ai plein… Mais je peux pas en parler. Et il vaut mieux garder secret, la magie que procure la télévision.

Dans le futur, tu te vois évoluer vers …

Pour le moment, je voudrais progresser et évoluer dans mon métier de truquiste. Il me reste encore pleins de choses à découvrir dans ce métier. Aujourd’hui, je me vois évoluer soit vers la réalisation, soit vers la direction technique. La réalisation car même si la continuité de truquiste à réalisateur n’est pas forcément immédiate, elle me paraît logique à moi. Si j’ai voulu travailler à la télévision, c’était d’ailleurs pour être réalisateur. La direction technique d’une chaîne de télé pourrait aussi m’intéresser. Pouvoir mettre en place des projets techniques, faire du suivi, apporter des améliorations ou des évolutions et gérer des équipes dans une chaîne de télévision est une chose qui m’intéresse de plus en plus au fil de ma carrière. Enfin, j’aime beaucoup la formation, la transmission du savoir. Je ne sais pas encore de quelles manières ça se fera mais j’aimerais beaucoup transmettre mon savoir, mon expérience aux futurs générations.

Parlons des choses sérieuses, ta série du moment ?

DexterHomeland et Platane d’Eric Judor étant terminées, je regarde Révolution et je m’apprête à commencer Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D.

 

Marvel's Agents of S.H.I.E.L.D

Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D

 

Ta routine internet, c’est quels sites ?

Ma boite mail, Facebook, les sites de sport (So Foot, France Football, L’équipe) et les sites médias people (Morandini, Ozap, Pure People).

Et si tu ne faisais pas ton métier, tu ferais ?

C’est une très bonne question. A une époque, j’aurais aimé faire de l’architecture. Mais si je n’avais pas été pris en BTS, je me serais surement dirigé vers le droit.

Question bonus, parce qu’Esperluette est zinzin de cinéma, si tu étais un personnage du 7ème art, tu serais ? Ne nous déçois pas !

Il n’y a qu’un seul personnage qui compte dans le cinéma c’est Keyser Söze !

Usual Suspects, Bryan Singer

Usual Suspects, Bryan Singer

 

Merci à Romain pour ses réponses, vous pouvez retrouver ici sa page Linkedin

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2 Comments

  • Reply Biroulegem 5 juillet 2014 at 12 h 42 min

    C’est sympa comme interview !

  • Reply JuL 30 décembre 2013 at 14 h 23 min

    Tres sympa. Le passage sur l’intermittence m’a permis de mieux imaginer la vie de Romain (que je connais bien) 😉

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